Le point fixe de mes rondes

« Nous ne nous répétons pas mais nous recommençons. Et en recommençant nous naissons. »

Marc-Alain Ouaknin, Les talmudiques, le 3 septembre 2017, Accueillir Rachi  ….

 

 

DSC01161r été 2017 photo ©Ib

Le point fixe de mes nouvelles explorations se dresse devant moi, à M-sur m, un arbre à part sur les remparts. Dès que je l’ai vu, en arrivant par la route au sud de la ville, j’ai su que ce serait lui. Il était le premier à m’adresser un signe amical, et puis il ressemblait de loin à un pin parasol..Cela me plaisait bien.

 

photo arbremai 2017 photo ©Ib

Parmi tous les arbres que l’on voit par dessus les toits de la ville haute de Montreuil, il se distingue et me semble composer un personnage à part. Il est devenu le point fixe de mes mouvements, de part en part, deux pas, remparts, le repère de mes rondes, commencement et fin. A tout cercle son centre, son point fixe : l’endroit où pique le compas. Je le vois de loin, il fixe -pour moi- tel le centre des aiguilles de l’horloge, la distance à une heure à la ronde.

« Mon » arbre, cet arbre, m’accompagne, m’encourage, par sa hauteur, sa rugosité, ses racines, son élégance, son ancrage, sa posture à tous les vents, sa fragilité aussi.

 

DSC04027

Marco Martella, Revue Jardins, Le soin, n°6, 2015, éditions du Sandre

Trois arbres similaires ont dû être abattus juste à côté de lui. Mais pour l’instant, la vie s’y effeuille tout au long de l’année, point fixe vivant et mouvant au gré du vent.

J’ai passé du temps à demander aux passants quel était son nom. Personne n’a pu me renseigner. Je crois, d’après ce que j’ai pu glaner : feuilles ramassées, recoupement, comparaison, qu’il s’agit d’un frêne. J’aime bien ce nom qui inspire la lenteur….la lente heure.

 

3

feuille-de-frene

Frene--male-et-femelle-bourgeons

Feuilles de frêne.

 

Sur lui, point de fleurs sculptées dans la pierre , comme sur la colonne des baisers de Roubaix , que j’aimais beaucoup, mais simplement, la vie au rythme d’une valse spéciale : celle des quatre temps de l’année….. Tête en l’air, légère ivresse, la ronde peut alors commencer….

« Il existe un point fabuleux où l’on rencontre l’événement qui rend possible tout récit…N’es-tu pas tenté par le bonheur du cercle (…)Pour moi un tel bonheur prend la forme du rite (de la pensée). A travers la répétition obstinée d’une promenade, d’un geste, d’une attention, le rite soustrait au temps de mort. Tourner en rond est profitable. » 

Yannick Haenel, Je cherche l’Italie, Gallimard,2014

 

dsc01177.jpg

 

Il s’agira d’explorer tous les passages de M-sur m et depuis M-sur m ! Pour mieux y revenir, et mieux en repartir encore, comme l’aiguille de la couturière qui se faufile ou la navette qui passe, tisse, revient et tisse encore. Recommencer, poursuivre, toujours, comme le déroulement sans fin d’une ronde…A partir d’un point fixe, s’inscrire dans des allers et retours à la ronde : fixité, mouvement, jeu entre l’espace et le temps.

 

« Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville. Dans les rues et sur les places. Je l’ai cherché, mais je ne l’ai pas trouvé. Les gardes qui font la ronde par la ville m’ont trouvée. Avez-vous vu celui que mon âme aime ? » 

(Cantique des cantiques, 3- 1 à 11)

226 septembre 2017, photo ©Ib

 

Isabelle Baudelet, Montreuil sur mer, 7 octobre 2017

 

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